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Cambodgiens esclaves de la pêche

en Thaïlande.

Selon l’Organisation Internationale du Travail, bien que l’esclavage soit universellement interdit, il y aurait encore 21 millions d’hommes, de femmes et d’enfants esclaves dans le monde.  En Thaïlande, cela concernerait environ 500 000 victimes dont 90% seraient des migrants du Myanmar ou du Cambodge, vendus par leurs passeurs.

La Thaïlande est le troisième pays exportateur de produits de la mer, pour une valeur de 7 milliards de dollars. Ce succès est cependant le résultat d’une exploitation scandaleuse des ressources et des hommes, comme viennent de le confirmer plusieurs rapports récents.
En 1989, la Thaïlande a été frappée par un terrible ouragan qui fit plus de 1000 morts et disparus dans la pêche. Ce désastre provoqua une fuite des pêcheurs vers d’autres activités à terre, au moment même où le pays connaissait une forte croissance économique. Confrontés à une gigantesque pénurie de main-d’œuvre, les armateurs durent chercher des solutions, mais cette pénurie se poursuit et s’aggrave même puisqu’il manquerait 50 000 personnes dans la pêche, selon le Ministère du Travail. Pour répondre à leurs besoins, les patrons et armateurs ont dû avoir recours à de la main-d’œuvre clandestine venue du Cambodge et de Birmanie. Ces clandestins sont attirés par des marchands d’hommes (passeurs) qui paient les frais de voyage et attirent les étrangers en leur promettant n travail à terre dans des usines ou dans la construction.

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Pères de famille cambodgiens victime de l'arnaque qui non seulement leur a coûté très chers mais ils ne gagnent que leur nourriture. Impossible pour eux d'envoyer de l'argent pour faire vivre leur famille  au Cambodge.

Une fois sur place, perdus, sans connaissance de la langue, dépendant du courtier, ils sont vendus à des patrons de bateaux et des armateurs. Devenu pêcheur et soumis à un travail forcé, le migrant est endetté à la fois auprès du patron et du courtier car ceux-ci retiennent sur le salaire les sommes versées. Selon l’enquête de l’OIM en 2011, comme celle de l’OIT en 2013, presque aucun n’a de contrat de travail écrit. Beaucoup se retrouvent prisonniers de fait, sur des bateaux de pêche lointaine qui partent parfois pour des mois.

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Souvent, lorsque le bateau rentre au port, les esclaves-travailleurs sont transférés contre leur gré sur un autre bateau et le calvaire de certains peut durer jusqu’à deux ans et demi.

Il arrive qu’ils soient battus à mort lorsqu’ils sont malades et en incapacité de travailler. Beaucoup ont tenté de fuir et certains se retrouvent depuis des années sur des îles où ils essaient de survivre, sans aucun moyen de rejoindre leur pays. Parfois lorsqu’ils ont réussi à fuir à leur retour dans un port, ils peuvent être arrêtés par la police et emprisonnés. Leur statut de clandestin les maintient à la merci des patrons et des armateurs.


L’enquête de l’OIT menée auprès de 600 pêcheurs tente de donner une idée chiffrée de ces situations d’esclavage. 20% des pêcheurs interrogés travaillent sur des bateaux pour des marées de plus d’un mois. C’est parmi eux que l’on trouve les situations les plus dramatiques. L’OIT estime que 16% de ces pêcheurs sont en situation de travail forcé. Cela semble largement sous-estimé car les conditions de l’enquête ne permettaient pas aux pêcheurs de s’exprimer en tout liberté, souvent sous le regard du patron. Le rapport de l’OIM est beaucoup plus sévère et estime, quant à lui, que l’utilisation du travail forcé est systématique dans la pêche thaïlandaise. Il considère qu’une grande partie du poisson exporté par la Thaïlande est le produit du travail forcé.

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L’association Environmental Justice Foundation évalue à 200 000 le nombre de travailleurs forcés dans la pêche sur 650 000 pêcheurs dans le pays. Cette association a également produit un film sur les conditions misérables de ces pêcheurs.
Il existe un début de prise de conscience des autorités de la gravité du problème, mais l’arsenal juridique et policier est bien insuffisant. Les conditions de travail devront cependant changer sur les bateaux de pêche thaïlandais car le développement économique de la Birmanie et du Cambodge risque de tarir bientôt les sources de travailleurs forcés… Mais il faut avant tout des lois et des contrôles sur leur application pou protéger les travailleurs de la pêche et pas seulement une politique de promotion des exportations à n’importe quel prix.

Certaines crevettes vendues chez Carrefour (France) alimenteraient l'esclavagisme en Thailande C'est la conclusion d'une enquête de six mois mené par le Guardian. Le quotidien britannique explique que l'enseigne française fait parti des grands groupes de distribution, aux côtés des géants américains et canadiens Walmart, Tesco et Costco, qui se fournissent en crevettes auprès du numéro un du secteur Charoen Pokphand (CP) Foods. Or l'enquête prouve que cette société fait elle-même appel à des fournisseurs qui pratiquent un esclavagisme intense.

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CP Foods, société spécialisée dans l'élevage et la vente de crevettes et de plats préparés, achète du poisson pêché par des bateaux esclavagistes pour nourrir ses crevettes. D'après le Guardian, la main d'œuvre de ces bateaux serait constituée d'immigrants clandestins du Cambodge ou de la Birmanie voisine.

Leur quotidien devient alors infernal. Détenus de force, ils travaillent 20 heures par jour.

Pour les faire tenir, un seul plat de riz et surtout des méthamphétamines.

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D'anciens esclaves échappés des bateaux ont expliqué au Guardian qu'ils étaient régulièrement enchainés, battus et torturés. Les exécutions étaient aussi monnaie courante. L'un des rescapé affirme avoir vu 20 des ses camarades se faire tuer, l'un d'entre eux aurait même été écartelé.

«Carrefour condamne avec force, s'ils sont avérés, les faits rapportés par The Guardian», assure une porte-parole. «Par mesure conservatoire, Carrefour décide de suspendre immédiatement ses achats directs ou indirects auprès de cette entreprise jusqu'à ce que la lumière soit faite», explique-t-elle.

 

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CP Foods, de son côté, a reconnu l'existence de cet esclavagisme dans sa chaîne de production mais dit «manquer de visibilité» sur l'importance du phénomène.

Une dérive plusieurs fois condamnée

L'esclavagisme dans l'industrie de la pêche thaïlandaise est connu de longue date. Le pays est régulièrement pointé du doigt par l'Organisme international du travail. Même s'il n'existe aucune statistique officielle, le gouvernement estime que sur les 300.000 personnes travaillant sur les bateaux de pêche, 90% sont des migrants susceptibles d'être exploités. Malgré cette prise de conscience, les autorités tardent à réagir par crainte de mettre en péril l'intégralité de la filière qui pèse 7 milliards de dollars.

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La pêche est un enjeu économique vital, notamment les crevettes dont la Thaïlande est le premier exportateur mondial. Chaque année, 500.000 tonnes de ce crustacé sont exportées.

 

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Avec ce nouveau coup de projecteur, les ONG attendent une action ferme de la part des géants de la distribution, essentiellement ceux clients de CP Foods qui produit 10% des crevettes exportées. Pour l'ONG Anti Slavery International, les distributeurs pourraient encore renforcer leur contrôle sur leurs fournisseurs et les obliger à bannir l'esclavage sous peine de rompre le partenariat. Elles attendent aussi un sursaut de la part des consommateurs. «Si vous achetez des crevettes de Thaïlande, vous achetez un produit issu de l'esclavage», prévient Aidan McQuade, directeur de Anti-Slavery International.

THAÏLANDE Terre d'esclavage et de trafic humain

Des immigrés traités comme des esclaves dans des poissonneries thaïlandaises qui fournissent des crevettes aux grands supermarchés occidentaux.

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Après six mois d'enquête, ces révélations sont suffisamment graves pour que les Etats-Unis mettent ce pays sur leur liste noire. "Washington va adresser directement ces accusations de trafic humain dans un rapport prévu pour la fin du mois", poursuit le journal. La Thaïlande pourrait être déclassée au niveau trois du classement américain sur l'esclavage, aux côtés de l'Iran, de la Corée du Nord et de l'Arabie Saoudite - soit le plus bas niveau. Ce système classe les pays selon les mesures qu'ils prennent pour lutter contre la traite d'être humains. Un mauvais score entraîne des sanctions économiques et la perte de l'aide au développement.


L'année dernière déjà, indique The Guardian, la Thaïlande avait échappé à une relégation pour la troisième année consécutive. Les travailleurs birmans ou cambodgiens que le quotidien britannique a interrogés racontent qu'ils ont payé des passeurs pour qu'ils leur trouvent du travail dans le pays, mais ces derniers les ont vendus à des capitaines de bateaux pour des sommes dérisoires, de l'ordre de 420 dollars (310 euros).

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Un jeune enfant-esclave cambodgien sans salaire doit charger des barils 12 heures par jour pour un bol de riz.


"Bien que l'esclavage soit interdit partout dans le monde, y compris en Thaïlande", poursuit le journal, l'Asie du Sud-Est est considérée une zone extrêmement critique : tant à cause du trafic d'êtres humains et que du travail contraint qui y sont pratiqués." D'après l'index global de l'esclavage, un demi-million de personnes sont esclaves dans cette région".

"Le NCPO se concentrera sur la répression des personnes influentes qui tirent des avantages de la traite des travailleurs illégaux,"  a déclaré le président de la junte militaire de Thaïlande dans son programme hebdomadaire.

Le déclassement de la Thaïlande dans le rapport des États-Unis 2014 sur la traite d'êtres humains est automatique sous une nouvelle règle. Le pays ne pouvait pas s'améliorer suffisamment pour bénéficier d'une mise à niveau, selon la junte.
 

 

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Les travailleurs migrants illégaux trient du poisson fraîchement pêché par taille sur un marché de Samut Sakhon, au sud de Bangkok.


Traite et exploitation avaient été un problème chronique en Thaïlande bien avant la NCPO ne prenne le pouvoir en mai, et le dernier classement a été basé sur la performance du pays d'avril 2013 à avril 2014, a déclaré le chef de la junte.
Le colonel a ajouté que le NCPO était déterminé à apporter des améliorations importantes à l'application des lois anti-traite, protéger les victimes de la traite et de punir les auteurs. Un comité a été mis en place.

 

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Plus de 200,000 cambodgiens illégaux ont quitté la Thaïlande depuis le coup d'état de mai 2014.

 

 

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http://youtu.be/pYwFea0I8II

Afin de leur permmettre de retour travailler légalement en Thaïlande, le gouvernement Cambodgien a changé les frais de passeport de 135$ à 4$.

Les khmers retournent donc en Thaïlande mais cette fois légalement sans devoir payer des "passeurs" et être à la merci de leur employeur thaï favorisant l'esclavage.

 

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Les passeports à rabais à 4$ sont offerts uniquement aux Cambodgiens  chercheurs de  travail légal en Thaïlande. Un premier groupe de 222 travailleurs a traversé le 23 juin la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande. Il se dirigeait vers une usine alimentaire supervisée par  les ministères des affaires extérieures des deux pays. Une vingtaine d'agences de recrutement acceptent maintenant les applications au Cambodge de ces travailleurs qui précédemment étaient illégaux en Thaïlande et veulent régulariser leur statut. Le centre national thaïlandais pour la paix et l'ordre (NCPO: National Center for Peace and Order) supervisé par le chef du coup militaire du mois de mai a assuré qu'il mettrait bien en place un système de légalisation et de protection des travailleurs étrangers.

 

MERCI DE NE PAS ACHETER DE CREVETTES IMPORTÉES DE THAÏLANDE

ET DE NE PAS ACHETER DE PRODUITS CONGELÉS CP.

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Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l'esclavage : on en changera tout au plus le nom.

Marguerite Yourcenar (1903-1987)