jeudi 15 janvier 2009
Cambodge : Sina retourne aux sources
Sina est un jeune de la région de Bantea Srei à 30 kilomètre du temple d'Angkor Wat. J'ai connu Sina il y a 5 ans à l'orphelinat et depuis je l'ai toujours soutenu.
Il a perdu son père et sa mère à l'âge de 7 ans restant seul avec ses 4 frères et soeurs dont 3 plus jeunes, abandonnés à eux-mêmes. Ils devaient quotidiennement marcher des kilomètres pour aller quêter un bol de riz au temple.
Un voisin s'occupe alors de les faire héberger tous par l'orphelinat Krousar Thmey (qui signifie la nouvelle famille).
Nous apportons une aide à cet orphelinat depuis plusieurs années.
Sina a dû quitter l'orphelinat comme il le faut à 18 ans.
Il s'est alors retrouvé seul avec lui-même devant la vie comme 10 ans auparavant, sans argent et souvent sans nourriture.
Courageusement, il réussit à se trouver une formation gratuite en cuisine qu'il a poursuivi pendant 9 mois.
Il vient maintenant de se trouver un travail d'aide cuisinier dans un Guest House. Chaque matin, il va au marché acheter les provisions et ensuite il travaille 9 heures par jour pour un salaire quotidien de 3$
.
Sina veut retourner aux sources. Je l'accompagne dans ce pélerinage émouvant qui nous conduit dans la campagne éloignée.
Après 2 heures de route poussiéreuse, Sina retrouve son vieux grand père de 85 ans qui a perdu un oeil sous le régime de tortures de Pol Pot(1975). On dirait un vieux chaman qui l'attendait là dans sa cabane tout simplement. Les 2 pleurent doucement l'un près de l'autre.
Sina me raconte que très jeune il devait se lever à 4 heures le matin pour aller porter de lourds fagots de bois à 40 kilomètres à bicyclette.
Sina m'entraine à travers ronçes et arbustres pour arriver à la terre de son père où il a vécu pendant 7 ans. La cabane familiale a disparu.
Sina retrouve un étang presqu'à sec. Il me raconte que là, il pêchait avec son père.
Plus loin, le four pour fabriquer le charbon de bois que son père avait construit. Ils faisait ensemble la livraison vers les villages éloignés. 
Puis, une tante émue de revoir Sina, l'amène dans un endroit précis. Elle déblaie les feuilles recouvrant le sol et sous celles-ci, des bouts de bois calcinés : c'est là que le corps du père de Sina fut brûlé enveloppé dans deux grandes feuilles de bananier car la famille n'avait pas d'argent pour l'incinération au temple. Sina s'agenouille et prie. Il rend grâce pour avoir retrouvé enfin son papa. Il pleure doucement et moi aussi.
Son rêve c'est de redonner vie un jour à cette terre familiale et d'y planter des arbres fruitiers à la mémoire du travail intense de ses parents. Par la suite. à 3 kilomètres, Sina tombe dans les bras de sa tante, la soeur de sa maman . Il se souvenait bien du chemin pour y arriver.
Elle est très émue et lui aussi. Elle trouve que Sina a bien grandi. Elle l'envoie chercher de l'eau de coco qu'elle nous offre avec grand plaisir en signe de bienvenue. Elle nous fait également cuire des galettes de patates douces.
Nous offrons un bâton de marche au grand père et des fruits et un peu d'argent à sa tante qui en prend soin. Leurs conditions de vie est limite. Ils sont là seuls au milieu de nulle part empoussiérés aux 10 minutes par les camions qui transportent de la terre sablonneuse en ville pour la construction d'hôtels de luxe. Je réalise à quel point l'envahissement des touristes a de graves répercussions sur la santé des gens même dans les villages éloignés. C'est bien triste comme réalité.
Au retour,Sina s'arrête un moment près d'un étang sacré (jadis réservé à la royauté d'Angkor). Il s'y purifie, rend grâce et demande protection pour les siens enfin retrouvés. MERCI SINA POUR CE BEL EXEMPLE DE COURAGE ET DE DÉTERMINATION.
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