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Au début de chaque année, une cérémonie très particulière regroupe des jeunes hommes dans un temple près de Bangkok. On assiste alors au tatouage par des moines maîtres dans le domaine, de centaine d’hommes venus chercher protection supplémentaire dans leur vie. Ce sont des gens souvent engagés dans des activités importantes parfois illicites. Ils sont exposés à de nombreux risques. Policiers, pompiers, gangsters, vendeurs de drogues, tous se retrouvent réunis dans le dessein de recevoir une protection accrue. Ils croient au pouvoir métaphysique des symboles anciens tout en vénérant le bonze comme étant le fils du Bouddha et possédant le pouvoir de transmission de la protection.
Les symboles ainsi gravés sur tout le corps sont appelés yantra ou sak yan. On y retrouve des représentations du tigre et du lotus ainsi que des mantras en Pali reproduisant les enseignements du Bouddha. On demande aussi à recevoir le tatouage du serpent magique, du tigre puissant ou du dragon sans peur. Le corps de certains hommes ressemble à un musée de versets en Pali.
Le tatouage est une ancienne tradition thaïe qui peut s’inspirer de trois éléments spirituels des pratiques tribales : Souffrance, Permanence et Perte du Sang source de vie. Cette triple association mystique signifie que  un processus souffrant, en ayant la croyance, permet à l’initié une occasion d’établir une relation transcendante avec les dieux ou d’acquérir des pouvoirs magiques et de la protection spéciale par la transe qui permet l’état de Vision.

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Le bonze tatoueur utilise une tige de métal de 50 centimètres pour perforer la peau et inscrire sa gravure sacrée. Autrefois, on utilisait la tige de bambou moins hygiénique et beaucoup plus souffrante.
Une douzaine de bonzes dans le pays sont reconnus pour leur pouvoir de tatouage sacré.

Un participant rapporte qu’il est arrivé à 3 h du matin n’ayant mangé qu’une soupe de nouilles. En méditation jusqu’à l’aube, il eut soudainement profondément peur et entendit alors comme un bruit d’avion dans sa tête. Puis ce fut la chair de poule et l’intensification du bruit et l ‘impression de possession en ressentant fortement la force du tigre tatoué sur son bras. La transe débuta et la perte de conscience ; le tout terminé, un grand épuisement s’en suivit.
Dans la tradition chinoise, on procédait au tatouage pour marquer le passage de l’adolescence au monde adulte.

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Peut-on faire un lien, dans notre société occidentale, avec cette mode accrue pour le tatouage? N’ayant plus trop de croyances mystiques ou de saints à qui se vouer, se tourne-t-on vers des pratiques anciennes pour acquérir Force et Protection ? Et pour ce qui est des tatouages à connotation amoureuse, essaie-t-on d’assurer une Permanence à ce qui ne pourrait être que cyclique ? Les rituels et le sacré sont partie intégrante de l’humain quel qu’il soit et où qu’il soit. L’utilisation de la drogue pour atteindre des états modifiés de conscience pourrait en être l’évidente manifestation. Ici, en Asie, méditation, rituels, mysticisme et respect du sacré font partie du quotidien. C’est une ressource intérieure indispensable à la vie. Ça se sent et ça se respire et ça transpire.

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En Thaïlande, on vénère au même niveau le roi et le Bouddha. Le profane et le sacré, le coeur et l'âme cohabitent harmonieusement. Une profonde relation d'amour et de respect exhiste entre le peuple et son souverain. Longue vie au roi !